不眠症 Insomnie

14 Mars 2010, 08:59
不眠症 Insomnie

Il est tard. Me voici enfin à l’aéroport d’Haneda. J’ai peur de ne pas passer l’immigration. Tout est ok. Je suis passée après quelques questions, photo, empreintes, etc. Malgré ce que tout le monde pense, les japonais ne sont pas bilingue. Très peu parlent l’anglais et durant le séjour, beaucoup d’autres des convictions que l’on a depuis la France vont tomber...

Je sors enfin après 24h de voyage, il fait nuit. Nanako qui est venue me chercher, est militante et sociologue à l’Ibaraki University ; elle est comme sur la photo qu’elle m’a envoyée pour la reconnaître. Elle sera notre ange gardien durant tout le séjour.

Je plonge directement dans l’ambiance: train, métros, les couloirs sont bondés, on est samedi. Même en semaine et très tard, je me rendrais compte que le métro ne désemplit pas car les japonais sortent du travail à pas d’heure. En ce qui concerne le travail, ce n’est pas une légende, beaucoup passent leur vie au bureau, travail précaire, manque de sommeil, les japonais sont épuisés par le rythme qu'on leur impose.

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Nous arrivons dans le quartier où nous allons vivre durant le séjour. Nous sommes hébergés par la coopérative Aum, une coopérative de recyclage dans le quartier de Ueno au Nord, à quelques stations de métro du centre de Tokyo. Ils tiennent aussi une banque alimentaire, le riz récolté est redistribué aux plus pauvres. C'est un quartier populaire, qui a gardé de son charme.

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Nous traversons les rues rapidement, ma tête fait des 360 ° je vois enfin à quoi ressemble les paysages japonais. Il faut aller dormir, il est déjà 0h00 la semaine va être épuisante et le décalage horaire (8h de plus), ne jamais me quitter.

Un futon. Pas d'oreiller. Une brise trop fraîche traverse la pièce où nous dormons. 5h du matin. Depuis notre arrivée, personne n'a réussi à faire une nuit complète. Nous nous levons à 8h pour cavaler non stop toute la journée jusqu'à minuit/1h du matin.

Un futon. Pas d'oreiller. Cela fait une heure que je cherche à me rendormir, à ma droite Nanako, à ma gauche Annie. J'entends le vent, volatilise mes pensées, la lumière du jour éclaire déjà la pièce.
Quelques bruits de la rue résonnent et remontent par le sol. Je me lève.

La porte du garage ouverte, 1ère vue de la rue, l'excitation d'une randonnée seule. Il fait très froid ce matin là, ma doudoune oubliée en France, à 9700 km.

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Les rues sont calmes, presque désertes, juste le bruit des chaînes de vélos, quelques marcheurs déjà fatigués, les masques blancs commençant leur journée. Je ne sais plus où je suis.

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Il y a un Japon qu'on nous montre à outrance, un autre qu'on nous dissimule. Le Japon imperturbable et serein, je ne le vois pas. Je regarde les rues vides et les visages, le Japon déboussole.
Je ne suis pas dépaysée par l'architecture, la cuisine, ou les filles habillées en manga. S'il me fait perdre pied, c'est à cause de ses contradictions; le Japon est fort et vulnérable, craintif et téméraire, sociable et complètement coupé du monde.

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La marche continue. Je n'ai pas senti de secousse, aucun tremblement de terre depuis que nous somme arrivés, il y en a peut-être eu mais je ne le serai jamais, car lorsque vous êtes au Japon pour la première fois, votre corps est suspendu. Votre tête aussi. Vos pieds sont plus proche du ciel que du sol. Le Japon flotte, ondule, l'incertitude règne.

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C'est avec ce mystère là que le Japon me questionne. J'ai le souffle coupé, la voix étranglée, j'observe et je suis charmée même dans cette brutalité acide, parce que le Japon que je découvre n'est pas celui de notre imaginaire, il est une identité en mouvement, une rupture en construction, il a tous les ingrédients pour être et devenir.

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Un futon. Pas d'oreiller. Le froid commence son travail, des frissons font trembler mon appareil, mes pieds gigotent, sous la couette, tout le monde se réveille, un café serré, assise en tailleur, la journée recommence.

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